Le ceinturon de l'espion serré
Si les collections du Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère sont composées de centaines d’objets évoquant les héros de la Résistance ou de la lutte contre le Nazisme, certains renvoient au contraire à des personnages plus énigmatiques. Tel est le cas avec ce ceinturon ayant appartenu à un soldat de l’armée polonaise passé par la Gestapo et qui finit son étrange parcours au maquis. Flanqué de l’aigle allemand surplombant la croix gammée, il porte la devise militaire prussienne « Gott mit uns », qui signifie « Dieu avec nous »…
Son propriétaire, Olgierd Kurnatovski, se rend le 14 juin 1944 au poste de commandement de l’Armée secrète du maquis de l’Oisans basé à Ornon. Sous le pseudonyme de Sacha, le prénom de sa mère, il se présente devant le capitaine André Lespiau, dit Lanvin, coordonnateur militaire du secteur 1. Muni d’un laissez-passer délivré par le 2è Bureau départemental du mouvement, il explique à Lanvin qu’il est un officier polonais agent français à la Gestapo de Grenoble, mais que « brûlé », il vient se mettre au vert. Méfiant mais obéissant à l’ordre de l’accueillir, Lanvin lui confie le commandement de la prévôté, la « police » du maquis.
Sacha est néanmoins rapidement relevé de ses fonctions pour avoir violemment maltraité une prisonnière membre de la Gestapo. Il l’aurait notamment frappé à coups de ceinturon. Il est alors placé à la tête de la section « Savoie », essentiellement composée d’ouvriers polonais, avec pour principales missions des interventions contre des convois allemands. Cependant, les opérations engagées aboutissent toutes à des échecs, la « Savoie » ne se positionnant étrangement pas aux endroits prévus ou n’appliquant pas les directives de Lanvin. Sacha justifie ces ratés par des ordres peu clairs ou non reçus mais certains camarades émettent clairement des doutes sur sa loyauté. Le 10 juillet 1944, une nouvelle opération visant à dérober de l’armement à Saint-Jean-de-Maurienne tourne encore une fois au fiasco, Sacha n’ayant pas respecté l’horaire prévu et les Allemands ayant clairement semblé attendre leurs assaillants. Sa trahison s’avérant cette fois-ci flagrante suite à un mystérieux appel téléphonique qu’il aurait passé avant l’embuscade, il est exécuté le 11 juillet au Rivier d’Allemont à l’âge de 23 ans.
Numéro d'inventaire : 96.18.01
Matériaux : cuir, aluminium
Dimensions : 97 X 4,5 cm