Les acquisitions

Tous les ans, de nouveaux objets viennent enrichir les collections et prendre place au sein des réserves du Musée ou dans le parcours permanent de la maison natale.

2015 : Piano Erard

Le piano ayant appartenu à l’épouse du compositeur vient d’être retrouvé après un siècle et demi de disparition.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, le piano qui appartenait à Marie Recio cantatrice célèbre et deuxième épouse du compositeur, instrument dont on avait perdu la trace, vient d’être retrouvé et a rejoint les collections consacrées à Hector Berlioz et à sa famille dans la maison natale du musicien.

Piano Erard installé au muséeAprès avoir été restauré par Frits Janmaat, de la Maison Erard d’Amsterdam - restauration qui a su respecter l’historique et les caractéristiques de cet instrument remarquable - il vient d’être installé dans le grand salon pour être inauguré le 20 juin prochain dans le cadre de la Fête de la Musique 2015. Cet instrument pourrait ensuite être joué par les interprètes invités par le Festival Berlioz. Un nouveau destin pour ce piano historique !

2011 : Un legs exceptionnel

En 2011, nous regrettions la disparition de Catherine Vercier, née Reboul-Hector-Berlioz. Cette arrière-arrière-petite-nièce d'Hector Berlioz, descendante directe de Nanci Berlioz-Pal, a légué au musée Hector-Berlioz un fonds considérable de lettres (près de 700) et divers documents d'archives provenant de la famille Berlioz.

Legs_2011Outre une dizaine de lettres d'Hector Berlioz, on dénombre plus de cinquante lettres de diverses personnalités du monde de la musique et des arts adressées au musicien, tels Legouvé, Reyer ou Signol... et quarante-huit de Louis à son père. On compte également près de 150 courriers d'Adèle, soeur du compositeur, et de nombreux autres de membres de la famille : sa soeur et son beau-frère, Nanci et Camille Pal ;ses nièces, Joséphine et Nancy Suat, son grand-père maternel, Nicolas Marmion et son oncle Félix Marmion et même un manuscrit de son petit frère Prosper Berlioz et de la bonne Monique Nety ! Enfin ce fonds comprend la correspondance de plusieurs amis des familles Berlioz et Pal comme Nancy Clappier qui entretint des relations épistolaires soutenues avec Nanci Pal. Sont également présents : les cahiers de poèmes de Nicolas Marmion ; une partie du fameux journal intime rédigé entre 1824 et 1829 par la sœur d'Hector Berlioz, Nanci, et plusieurs actes notariés (successions de Nicolas Marmion, de Louis-Joseph et de Joséphine Marmion et vente des propriétés telle la ferme des Jacques à Murianette). Outre ces documents familiaux, figurent quelques partitions imprimées et autographes d'une main inconnue ainsi que diverses iconographies.

Ces documents nous permettront sans doute de mieux appréhender les relations intimes au sein de la famille Berlioz comme en témoignent deux lettres particulièrement émouvantes. Le 13 mars 1869, Joséphine Suat-Chapot relate ainsi à sa cousine Mathilde les derniers instants de son oncle Hector en regrettant de n'avoir pu recueillir son dernier soupir : « Nous avons au moins la consolation de penser que sa fin a été calme et qu'il s'est éteint sans grande souffrance ». Et que penser de cette admirable déclaration d'amour filial de Louis à son père : « J'aime mon père, j'aime mon ami, j'aime le créateur de l'inoubliable adagio [...] j'aime de toutes mes forces, toi, parce que je t'aime, je ne sais pourquoi [...] ». Quant au registre de « Mansuration (sic) de tous les fonds situés au territoire de la Côte, appartenant à noble Joseph Berlioz » en 1789, il devrait permettre de réestimer la fortune familiale en considérant l'ensemble des propriétés détenues à La Côte-Saint-André et à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs à la fin du XVIIIe siècle.

Si l'on retrouve bien évidemment une partie de ces précieux manuscrits publiés dans la Correspondance générale du compositeur, ce fonds remarquable avait pu être consulté et exploité par divers auteurs comme David Cairns pour la rédaction de sa biographie consacrée à Berlioz (il avait alors identifié et daté bon nombre de courriers) ou Pascal Beyls qui en avait publié une partie dans ses ouvrages consacrés à Nicolas Marmion et Nancy Clappier.

Le musée, qui poursuit, depuis près de deux ans, une campagne de numérisation de l'ensemble de ses collections, souhaite permettre au plus grand nombre d'accéder rapidement à ce fonds extraordinaire. Mais avant d'en rendre la consultation accessible en ligne, il nous faut identifier, dater, inventorier et transcrire chacun de ces documents. Christopher Follet, membre de la Berlioz Society, nous a gentiment proposé de nous aider dans la réalisation de ce travail cyclopéen. Grâce à lui, plus d'une centaine de lettres ont déjà été transcrites.

Par ce legs d'une rare générosité, Catherine Vercier nous permet dorénavant de réunir dans la maison natale du compositeur - élevée depuis peu au rang de « Maison des Illustres » par le ministère de la Culture - le fonds de la famille Chapot qui représente l'essentiel des collections du Musée Hector-Berlioz et une partie de celui de la famille Reboul-Berlioz.

2010 : Portrait de Berlioz par M. Blanchard

M.BlanchardLors de la vente aux enchères du 5 mai 2010 à l’Hôtel Drouot-Richelieu à Paris par l’étude Claude Aguttes, se trouvait un portrait d’Hector Berlioz peint par Melchior Blanchard en 1865. Grâce au financement du Conseil général de l’Isère, le musée a pu préempter le tableau. Une représentation de cette huile sur toile a été publiée par Gunther Braam, spécialiste des portraits d’Hector Berlioz, dans son ouvrage édité par Bärenreiter à Kassel (Allemagne) en 2003. Cette publication recense tous les portraits connus du compositeur en France et à l’étranger. La recherche sur le peintre Melchior Blanchard est encore lacunaire (un portrait d’un militaire est recensé au Musée de Haguenau dans le Bas-Rhin ainsi qu’une toile représentant une scène de l’annonciation dans l’église Saint-Eloi au Perray-en-Yvelines).

 


Ce portrait a été visiblement réalisé à partir d’une photographie du musicien par François-Marie-Louis-Alexandre Godinet de Villecholle dit Franck (1816-1908), dont un exemplaire est conservé au département des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France. En effet, le compositeur ne fait nulle mention, dans sa correspondance, d’une séance de pose à cette époque, contrairement à la photographie exécutée par Franck. Berlioz figure ici une personnalité dont la célébrité est établie et arbore fièrement à la boutonnière de sa redingote l’insigne de la légion d’Honneur.

Ce tableau figurait déjà dans une vente aux enchères en 1992, lors de la dispersion de la collection de portraits de musiciens d’Isabelle Prouvost, mais nous ignorions depuis sa localisation. L’intérêt de ce tableau est majeur puisqu’il est le dernier portrait peint de Berlioz, quatre années avant sa mort. Le musicien pose assis dans un fauteuil recouvert de velours vert, qui meublait son dernier appartement parisien et qui fait aujourd’hui partie des collections du musée. Tableau et fauteuil sont donc aujourd’hui réunis dans la maison natale d’Hector Berlioz !

2009 : Lettres de Berlioz

Lettre BerliozA l'occasion du 206e anniversaire d'Hector Berlioz, le 11 décembre 2009, Monir Tayeb et Michel Austin offrent au Musée deux lettres exceptionnelles. La lettre adressée à son ami Humbert Ferrand, datée de juin 1832, a été envoyée de La Côte-Saint-André en juin 1832. Près de 180 ans plus tard, cette lettre se retrouve à son point de départ ! L'autre datée de 1853 est adressée à son éditeur Michel Lévy.

Ils lèguent toute leur collection au musée Berlioz : « Il n'y a pas de meilleur gardien ».

Lui, Michel, a découvert Berlioz à 12 ans avec la Damnation de Faust et en reste encore aujourd'hui tout ébloui. Elle, Monir, a rencontré l'illustre compositeur dans le texte, grâce à la lecture de ses Mémoires et a décidé aussitôt d'apprendre le français pour pouvoir lire Berlioz dans l'original.

Ces deux-là ne pouvaient que s'unir... Ce qu'ils ont fait. C'est ainsi que Michel Austin, professeur de lettres anciennes à Saint-Andrew en Ecosse, né en Australie, a rejoint un jour le destin de Monir Tayeb, née à Téhéran, établie en Grande-Bretagne depuis 1976, professeur de ressources humaines à l'université d'Edimbourg.

 Ils créent un site pour Berlioz
Leur passion commune pour Berlioz va devenir le moteur de leur vie. Le regard précieux qu'il porte sur le compositeur va les amener même à créer dès 1997 un site dédié au célèbre Côtois. Avant de venir pour la première fois de leur vie, visiter la commune natale de Berlioz en 98, à l'initiative de Monir.

Les années passent. Leur site accueille progressivement pas moins de 70 000 visiteurs chaque année. Ils continuent aussi à enrichir leur collection en achetant des partitions originales,

des manuscrits, des programmes de concert, des affiches, pas moins de 300 CD, et des enregistrements historiques sur 33 ou 78 tours. L'histoire pourrait s'arrêter là s'ils ne prenaient la décision de revenir dix ans plus tard à la Côte Saint-André. « Quand on a vu ce qu'était devenu le musée Berlioz, les expositions qu'il accueillait, sa bibliothèque, les publications qu'il avait suscitées, nous avons pensé qu'il n'y aurait pas meilleur gardien pour notre collection », expliquait dans un français parfait Michel.


Le jour anniversaire de Berlioz
Le 11 décembre, Monir et Michel, officialisaient leur don dans les locaux du Département en présence de Claude Bertrand vice-président chargé de la culture.

Ils n'étaient pas venus les mains vides. Pour fêter l'événement ils avaient apporté deux lettres manuscrites de Berlioz. L'une de 1853 est adressée à son éditeur Michel Lévy. L'autre de 1832 a été écrite par Berlioz à la Côte et revient donc ainsi au bercail.Très modestes tous les deux, Monir et Michel veulent bien se reconnaître une qualité : « Il nous a fallu beaucoup de patience pour arriver à constituer cette collection ». «Monir est devenue imbattable pour mettre sa mise sur eBay dans les vingt dernières secondes de l'enchère, quand on veut enrichir d'un nouveau document notre collection », plaisante Michel.


Pour en savoir plus : www.hberlioz.com

Véronique JULLIARD
Article paru dans l'édition 38H du Dauphiné libéré du 12/12/2009.

Accueil Partager cette page