Ernest Hébert (1817-1908) Entre romantisme et symbolisme

Après une formation classique à l'École des beaux-arts de Paris, Ernest Hébert accède à la notoriété avec la peinture « La Mal'aria ». Une belle carrière s'ouvrant à lui, il partage son temps entre la France et l'Italie, où il fut par deux fois directeur de l'Académie de France à Rome (1867-1873 et 1885-1890). Très vite il devient un portraitiste recherché de la haute société parisienne du second Empire et de la troisième République. Hébert sait dégager la poésie et l'âme secrète de ses modèles féminins. C'est en Italie qu'il trouve ses sujets de prédilection en peignant des scènes paysannes empreintes d'un réalisme mélancolique. On lui doit le projet pour la mosaïque de l'abside du Panthéon inaugurée en 1884.

Une formation classique

 

Je serai peintre ou rien du tout.

Fils d'un notaire grenoblois, cousin de Stendhal, Ernest Hébert, né le 3 novembre 1817 à Grenoble, passe une jeunesse studieuse dans sa ville natale où il prend ses premiers cours de peinture avec Benjamin Rolland conservateur du Musée de la ville et professeur de l'École de dessin.
À 17 ans, il part à Paris préparer une licence de droit. En même temps, il s'inscrit à l'École des Beaux-Arts et entre dans l'atelier du sculpteur Davis d'Angers puis dans celui du peintre Paul Delaroche. Pendant quatre ans, il va travailler avec acharnement pour atteindre le but qu'il s'est fixé, être lauréat du Grand Prix de Rome de Peinture historique.

Le domaine de La Tronche

Domaine de La Tronche

 

Ernest Hébert a quatre ans quand sa mère, Amélie, achète en 1821 cette maison des champs pour passer l'été au grand air sans trop s'éloigner de l'appartement confiné de la Grand-Rue à Grenoble jouxtant l'étude notariale paternelle.
Issu d'un vaste domaine agricole du XVIIe siècle, le clos se compose alors d'une maison de maître, d'une petite ferme et d'un vaste jardin d'agrément où coulent en abondance les eaux venues de la Chartreuse. L'artiste reviendra dans son "petit ermitage" de Paris ou de Rome, à toutes les époques de sa vie, mais surtout dans les dernières années. Il y meurt à l'automne 1908.

Au fil du temps, la maison a été réaménagée et mise au goût du jour par ses habitants successifs. Il subsiste cependant des traces de la période XVIIe : escalier de pierre, fresques et plafonds, visibles dans certaines pièces.

En 1860, Hébert lance une grande campagne de travaux de confort et d'embellissement, doublant certains plafonds, installant des cheminées et changeant les papiers peints. Beaucoup plus tard, sa femme Gabrielle donne un caractère plus raffiné à l'ensemble utilisant des éléments du XVIIIe siècle, boiseries, parquets et portes en noyer qui proviennent de la propriété Teisseire, démolie non loin de là pour laisser place aux hôpitaux de Grenoble.

Rénovée en 2003, la demeure a gardé le charme des maisons bourgeoises de cette époque, plus destinées au loisir agreste et à la méditation qu'au faste des réceptions. Sur les murs, les œuvres ressuscitent les amitiés qui jalonnent la carrière italienne et parisienne de l'artiste, Gounod, Carpeaux, la princesse Mathilde, etc...

Les souvenirs touchants de la famille et des intimes, affectueusement conservés, redonnent vie à cette maison lumineuse. A quelques pas, l'atelier, qu'Hébert semble avoir quitté depuis peu, nous invite à retrouver l'univers créatif du peintre.

 

L'Italie, terre d'élection

Fille d'AlvitoLes Cervarolles       E.Hébert, Fille d'Alvito, huile sur toile                

E.Hébert, Les Cervarolles, vers 1859, huile sur toile

Je suis résolu à ne peindre que ce qui m'émeut.

La première résidence d'Hébert à Rome marque les débuts de sa passion pour l'Italie. Par la suirte, ses nombreux séjours et ses amitiés l'amènent à en faire son pays d'adoption. Il trouve dans la campagne italienne et chez ses habitants le charme d'un pays conjuguant le pittoresque et la survivance de l'Antiquité.
Hébert doit à son influente amie, la princesse Mathilde, le bonheur de retrouver la villa Médicis. Sur son intervention, il est nommé directeur de l'Académie de France à Rome (de 1867 à 1874). Fait exceptionnel, il sera directeur une deuxième fois (de 1885 à 1890).

Les scènes italiennes d'Hébert empreintes d'un réalisme mélancolique, connaissent un grand succès aux différents Salons où elles sont exposées.

Au Salon !

 

Le Tasse en prison visité par Expilly

E.Hébert, Le Tasse en prison visité par Expilly, vers 1839, Musée de Grenoble en dépôt au musée Hébert de la Tronche. Pour son premier tableau de Salon, Ernest Hébert choisit une sujet romantique mettant en scène un personnage grenoblois : Expilly, gentilhomme dauphinois, étant à Ferrare; se rend à la prison du Tasse pour le visiter.

Bastion des principes esthétiques de l'Académie des beaux-arts au XIXsiècle, le Salon est la seule occasion pour un peintre de se montrer ses oeuvres récentes aux critiques , aux collectionneurs et à un plus large public.

À l'issue du Salon, sur proposition de l'administration, récompenses, achats et commandes sont attribuées aux artistes remarqués.

En 1850, La Mal'aria est acquise par l'État pour la somme de 5 000 francs. En 1853, Le baiser de Judas est acheté pour 8 000 francs; Hébert promu chevalier de la Légion d'Honneur. Les tableaux les plus significatifs sont présentés au musée du Luxembourg, ce qui assure aux artistes une notoriété indéniable.

Cinquante ans de portraits

 

Dès ses débuts, Hébert a montré son goût pour le portrait en peignant son premier Autoportrait à 17 ans; mais le genre où il excelle et qui lui vaut sa renommée, son succès et sa fortune, reste le portrait féminin.

La manière dont il appréhende ses modèles évoluera au cours de sa carrière.
Les premiers portraits sont d'une grande fidélité. Ils sont très marqués par l'influence d'Ingres, tel celui de Madame de Calonne. Après 1880, la réalité devient moins prégnante et fait place à une transposition quasi maniériste pour atteindre une vérité plus secrète, comme dans celui de Madame Doliffus. Il peint en parallèle des portraits d'enfants.

Portraitiste, Hébert a donc peint presque exclusivement des modèles féminins. Les rares exceptions sont constituées par les portraits d'amis marseillais Le comte Pastré, M.Roullet ou grenoblois M.Bonnard et son gendre M.Teisseire, le portrait du Général de Beylié (présenté au Musée de Grenoble) ou encore ceux qui sont des commandes officielles.

L'atelier d'Hébert

 

Après le premier directorat de la villa Médicis (1867-1874), pensant s'établir plus durablement à la Tronche, Hébert confie en 1875 à l'architecte grenoblois Riondet le soin d'élaborer un projet d'atelier dans le prolongement du bâtiment de la ferme, dépendances alors séparées de la maison. Le parquet de sapin a été remplacé par un parquet du XVIIIe siècle provenant de la villa Teisseire, en noyer et cerisier, au point de Hongrie, frise en sycomore et motif marqueté au centre.

Hébert utilise peu cet atelier. En Italie comme en France, il peint généralement en plein air. À Rome, il dispose d'un atelier ouvert sur une terrasse. À La Tronche, il aime travailler dans une allée de buis taillé en voûte. Plus tard il s'installe au rez-de-chaussée de la maison, dans une petite pièce contiguë à sa chambre et de plain-pied avec le le jardin.

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