1986-1992 - L'héritage écomuséologique

À la suite de la disparition brutale de Charles Joisten, en 1981, Jean-Pierre Laurent obtient de la ville de Grenoble la création de deux postes de conservateurs, l'un pour l'ethnologie du monde urbain et l'autre pour celle du monde rural. Le premier est confié à Jean Guibal, ethnologue, bénéficiant déjà d'une belle expérience au Musée national des arts et traditions populaires, et le second à Jean-Claude Duclos, qui participait lui-même, depuis une dizaine d'années, à la direction du Parc naturel régional de Camargue où il avait notamment réalisé le Musée camarguais.

 


L’émergence du musée de société, l’héritage écomuséologique

L'arrivée de ces nouveaux collaborateurs, les exigences d'une époque et l'expérience des écomusées, vont orienter l'évolution du Musée dauphinois, plus perceptible encore lorsque Jean-Pierre Laurent quitte la direction du musée en 1986, remplacé par Jean Guibal. L'écomuséologie, dont l'objectif est de contribuer au développement individuel et collectif, par la mise en œuvre d'une muséographie du temps et de l'espace, avec la participation comme moteur et l'interdisciplinarité scientifique comme outil, vient alors de donner naissance à une nouvelle famille de musée : les musées de société.

 

Au Musée dauphinois, dont l'appartenance à cette catégorie de musées est très vite reconnue, ces changements se traduisent par de nouvelles habitudes de travail. Des thèmes sont choisis, relevant tour à tour d'une découverte, d'une interrogation, de l'opportunité d'une recherche qui s'achève, d'une commémoration qui se prépare, d'une acquisition, d'une urgence. À chacun de ces choix, une relation s'instaure entre le musée et les habitants d'un village ou d'un massif alpin, des éleveurs transhumants mais aussi des potiers, des immigrés de l'Italie du sud, de la Grèce, de l'Arménie ou du Maghreb, des métallurgistes, des agriculteurs, des skieurs, des guides de montagne, des Résistants de la Seconde Guerre mondiale, et encore, par l'intermédiaire des chercheurs qui les ont étudiés, avec des tailleurs de silex du Néolithique, des guerriers celtes ou des chevaliers de l'an mil. Bref, l'énumération de quelques- uns de ces "partenaires" suffit à donner une idée de l'étendue du champ d'intervention du Musée.

 

Évidemment, l'équipe scientifique n'est pas compétente en tous domaines mais son rôle est d'associer à sa réflexion des experts de la thématique retenue. Une relation tripartite s'organise alors entre des partenaires sociaux, membres de telle ou telle catégorie, des représentants de la communauté scientifique (ethnologues, historiens, sociologues, géographes...), et l'équipe du musée, en vue de la restitution publique dont la forme est l'exposition, et le cadre, le musée. Chacune de ces relations produit de nouveaux documents, des objets, des images et du son, contribuant eux-mêmes à l'enrichissement des collections et à la connaissance du patrimoine.

 


Les réserves et l’arrivée de l’outil informatique.

La décision, prise par Jean-Pierre Laurent, de libérer le musée de toute présentation permanente et la nécessité de gérer rationnellement les nouvelles acquisitions, donne une acuité nouvelle au problème des réserves. La réponse n'est trouvée qu'en 1989, avec l'installation de 2000 m² de magasins dans un bâtiment militaire désaffecté, proche du Musée dauphinois, où trouvent aussi place les ateliers du musée : la manutention. Un programme d'informatisation est mis en route la même année, d'abord basé sur l'usage combiné de la micro-informatique et du vidéodisque, dans le cadre du programme Vidéralp-Musées. Même si le choix de cette technologie s'avéra vite dépassé, l'informatisation des collections est lancée.

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