Les frères Champollion

Les frères Champollion naissent à Figeac, dans le Lot. Leur père, colporteur du Dauphiné s’y installe pour ouvrir une librairie et y épouse une descendante de tisserands. Nouant des liens affectifs très forts, les deux frères vont brillamment illustrer la vie intellectuelle de leur temps.

Jacques-Joseph Champollion-Figeac (1778-1867)

Jacques-Joseph est l’aîné d’une fratrie de sept enfants. À la naissance de Jean-François, de douze ans son cadet, il est choisi comme parrain. Il veille à l’éducation de son turbulent filleul qu’il fait venir à sa suite à Grenoble lorsqu’il entre en apprentissage auprès de cousins négociants.

 

Bibliophile féru d’antiquité, il se forme à l’épigraphie et à la numismatique. Ses publications liées au Dauphiné le font remarquer dans le milieu intellectuel grenoblois. Son érudition dévorante et sa sociabilité lui valent l’estime du préfet de l’Isère, le physicien Joseph Fourier qu’il assiste dans la rédaction de la préface de la Description de l’Égypte.

 

En 1807, Jacques-Joseph épouse Zoé Berriat, descendante d'une ancienne famille dauphinoise. Leur vie se partage alors entre leur appartement grenoblois et la maison familiale de Vif. Il obtient rapidement un poste de professeur de littérature grecque puis de conservateur en chef de la bibliothèque de Grenoble. En 1817 il s’installe à Paris et entre au service de l’helléniste Bon-Joseph Dacier, secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, comme secrétaire particulier.

 

Parallèlement à sa carrière, il veille à celle de son frère et n’hésite pas à user de ses contacts pour servir les recherches de Jean-François. En 1822, celui-ci fait irruption chez lui en criant « Je tiens mon affaire ! » avant de s’effondrer pendant deux jours. Deux jours précieux durant lesquels Jacques-Joseph reprend les travaux de son cadet et rédige l’essentiel de la célèbre Lettre à M. Dacier que Jean-François lira quelques jours plus tard devant l’Académie.

 

En 1832, la mort de Jean-François le frappe durement. Il entreprend alors de faire vivre l’œuvre de son frère en publiant ses manuscrits inédits et en défendant ses découvertes. Il poursuit sa carrière parisienne comme conservateur de la Bibliothèque royale ainsi que comme professeur de paléographie à l’école des Chartes. Sa carrière s’achève à la bibliothèque du Palais impérial de Fontainebleau où il s’éteint en 1867.

 

Jean-François Champollion (1790-1832)

Dernier né de la fratrie Champollion, Jean-François est un élève dissipé. Il est rapidement appelé auprès son frère à Grenoble qui prend en charge son éducation. Sur les bancs de l’école, il révèle une passion pour les langues orientales qu’il développe ensuite à Paris.

 

Son goût pour l'étymologie et l’antique Égypte le désigne pour tenter de percer le système des écritures égyptiennes. Exploitant toutes les ressources sa disposition, il se plonge dans l’étude des inscriptions qu’il déniche dans les publications et les collections françaises. Il est soutenu dans ses recherches par son frère aîné qui l’assiste et le conseille.

 

En 1822, il a la confirmation que le système qu’il élabore depuis quinze ans commence à fonctionner grâce à la lecture de cartouches royaux qui lui livrent les noms de Ramsès et Thoutmosis. Jean-François ne cesse alors de progresser dans ses lectures et d’enrichir son dictionnaire : la civilisation millénaire commence enfin à parler.

 

En 1826, Champollion est nommé conservateur de la toute nouvelle section d’Antiquités égyptiennes du musée du Louvre. Il y crée un parcours novateur présentant les antiquités comme un ensemble raisonné et non plus comme de simples curiosités. Deux ans plus tard, il prend la tête d’une expédition chargée de relever les inscriptions des monuments de vallée du Nil. Il en rapporte une moisson de dessins et relevés.

 

À son retour, c’est la consécration : il est élu à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et une chaire d’égyptologie est créée pour lui au Collège de France. Malheureusement, son décès prématuré à l’âge de 41 ans laisse son ouvrage inachevé. Jacques-Joseph, indéfectible soutien, assure la transmission des découvertes de son cadet et fait publier de façon posthume les œuvres fondamentales que sont les Monuments d’Égypte et de Nubie, la Grammaire égyptienne et le Dictionnaire égyptien.

Il y a longtemps que tu me prouves que moi, c'est toi. Mon cœur m’assure que nous ne ferons jamais deux personnes.

Jean-François à Jacques-Joseph, le 30 octobre 1818
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